Des forces rebelles du Tigré, région du nord de l'Éthiopie, se sont emparées mercredi de l'aéroport de Mekele, la capitale de cet État régional, ont dit trois sources locales à Reuters, une offensive qui fait craindre une nouvelle guerre dans cette partie du pays.
La compagnie aérienne nationale Ethiopian Airlines a annoncé la suspension de tous ses vols vers le Tigré - à destination de Mekele, mais aussi des villes de Shire et d'Axoum - "en raison de la situation actuelle", sans donner plus de détails.
La prise de l'aéroport de Mekele intervient alors que les relations entre le gouvernement fédéral et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), le parti qui dirige l'État régional, se sont détériorées ces derniers mois.
Les deux camps se sont livré une guerre de 2020 à 2022 qui a fait des centaines de milliers de morts. De nombreux groupes accusent le gouvernement fédéral de marginaliser les régions.
Dimanche, le TPLF et six autres groupes armés à travers l’Éthiopie ont annoncé une alliance avec l'objectif de renverser le gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed.
Mercredi, trois sources locales, dont une source proche des services de sécurité éthiopiens, ont déclaré à Reuters que les forces tigréennes avaient pris le contrôle de l’aéroport de Mekele aux mains de la police fédérale pendant la nuit.
Les porte-parole du Premier ministre Abiy Ahmed, du gouvernement fédéral et du TPLF n’ont pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires.
UN ACCORD DE PAIX FRAGILE
La guerre de 2020-2022 est le résultat d'une rupture des relations entre le TPLF, qui a dominé la scène politique éthiopienne pendant près de trois décennies, et Abiy Ahmed, dont la nomination au poste de Premier ministre en 2018 a mis fin à cette domination.
Le TPLF et le gouvernement ont signé un accord à Pretoria en novembre 2022 pour mettre fin au conflit, mais chaque camp accuse l'autre de violer cet accord de paix.
En mai, le TPLF a réaffirmé son contrôle sur l'administration politique de la région, en violation de l'accord de 2022.
L'armée éthiopienne a mené plusieurs frappes de drones contre les forces tigréennes ces derniers mois, selon les données de l'ONG "Armed Conflict Location & Event Data Project".
La porte-parole d'Abiy Ahmed, Billene Seyoum, a déclaré lundi à Reuters que les membres de l'alliance rebelles dont la formation a été annoncée dimanche collaboraient depuis un certain temps déjà, avec le soutien financier de l'Érythrée, voisin et adversaire historique de l’Éthiopie.
L'Érythrée a nié à plusieurs reprises les accusations selon lesquelles elle soutiendrait des groupes armés éthiopiens.
Jawar Mohammed, analyste politique éthiopien et ancien proche allié d'Abiy Ahmed, a estimé que le TPLF ne se sentait pas encore assez sûr de ses forces pour lancer un conflit à grande échelle.
"Il pourrait s'agir d'une démonstration de force visant à inciter la communauté internationale à intervenir et à mettre davantage en œuvre l'accord de Pretoria", a-t-il déclaré.
Mardi, le gouvernement américain a condamné une frappe de drone contre un convoi d'aide humanitaire au Tigré et a exhorté les autorités à mener une enquête approfondie, sans préciser qui était responsable de cette attaque.
(Rédigé par Vincent Mumo Nzilani ; version française Etienne Breban ; édité par Benoit Van Overstraeten)

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